Le Tartuffe


Note d’intention

Tartuffe, c'est d'abord un personnage, un caractère traditionnel du théâtre italien. C'est l'imposteur, l'hypocrite, le fourbe. Mais c'est avant tout une pièce de théâtre, une pièce de Molière, une comédie en vers, un chef d'œuvre. De la première à la dernière réplique tout est admirablement huilé, chaque scène développe un ressort comique différent fondé sur les situations et les enjeux. Le discours, ample et léger est une prose déguisée mais le rythme du vers sait se révéler efficace quand il doit marquer un effet. On nous raconte une histoire simple aux multiples rebondissements : un étranger s'est introduit dans une maison bourgeoise, il est à deux doigts d'obtenir du père la donation de tous ses biens, mais à la fin, tout s'arrange.

Voilà toute l'affaire, le gage d'un bon divertissement et peut-être l'objectif suprême de Molière : divertir ses semblables. D'où vient pourtant qu'on se sent concerné par la pièce au delà de sa dimension dramatique ou historique ? Que nous nous sentons, comme les personnages, en danger de perdre quelque chose, d'être dépouillés d'un peu de notre identité ? D'où vient que nous détestions tant ce Tartuffe et pourquoi prenons-nous systématiquement le parti de cette famille ?... Ils sont donc si sympathiques que ça ?... Ils sont comme nous ?... ah!... Et Tartuffe ?... C'est un salaud !... Bon… mais qu'est ce qu'il a fait exactement… ?

Jouvet disait à ses élèves du conservatoire : "Faites un procès à Tartuffe vous le perdrez." Il a raison, Tartuffe n'a rien fait. Rien de répréhensible en tout cas : il tente bien de séduire la femme de son hôte mais est-ce si grave, et ne préfère-t-on pas généralement en France, les séducteurs aux maris cocus… ?

Non…. Tartuffe n'a rien fait. Il ne prend que ce qu'on veut bien lui donner. Il est celui qu'on décide qu'il est, à travers nos doutes et nos contradictions. Il révèle sûrement nos turpitudes mais nous n'avons aucune raison de douter de sa sincérité, de son authenticité. Et ce serait peut-être bien là son plus grand crime : il est peut-être sincère. Dans la grande scène où Tartuffe argumente pour séduire Elmire, Molière a cru bon d'indiquer : "C'est un scélérat qui parle." Il vient peut-être de s'apercevoir que si Tartuffe n'était pas un scélérat il dirait très exactement la même chose ! Il n'a pas manqué, pendant toute la pièce de nous mettre en garde contre l'imposture et les faux-semblants, mais là, maintenant, à la fin du quatrième acte, il prend conscience que rien dans son discours ne saurait établir une quelconque différence entre le vrai et le faux .

Molière à travers Dom Juan, Le Misanthrope et Tartuffe eut l'obsession de la sincérité, pour découvrir sans doute qu'elle n'existe pas, ni au théâtre, ni dans la vie. Monter Molière maintenant, c'est rendre compte de cette découverte insoutenable que l'apparence des choses parle pour la chose elle même. Dans un siècle où la société du spectacle s'est étrangement imposée, où le paraître et le virtuel prennent tous les jours le pas sur le propos et la réflexion, où les Tartuffe télévisés ont affiné leurs grimaces au point de se confondre avec le milieu qu'ils parasitent, l'obsession fataliste de Molière n'en finit pas de faire écho.

Philippe Ferran

Du
 7
 juillet
 au
 11 
septembre
 2010
 (relâche 
le 
10 
Août)

Du
 mardi
 au
 samedi
 21H30

Créé en 2003 au Vingtième théâtre, avec la troupe "Pleins Feux" dirigée par Philippe Ferran, le spectacle s'est dernièrement rejoué le 13 juin 2009 à ETRECHY.