Direction d'acteurs

Mettre en scène Créanciers de STRINDBERG
Atelier dirigé Philippe Ferran, metteur en scène Stage de 60 heures
Reprogrammation en cours
Tarif : 240 € ( + adhésion annuelle à L’Esperlu&te)
Ou possibilité de prise en charge par l'AFDAS en D.I.F (Droit Individuel à la Formation)

 

marine_avec_rcif_2A. Strindberg Marine avec récif


Entre celui d'Ibsen et de Tchekhov, le théâtre d'August Strindberg marque une étape capitale dans l'histoire du théâtre contemporain : celle de la révolution naturaliste. Il rompt définitivement avec le romantisme, c'est le théâtre du drame intime, de la contradiction des sentiments, de la révolte existentielle. Dénonçant le triomphe universel de la violence dans les rapports humains, il témoigne de l'impossible communication entre les êtres, il explore les voies majeures de la culture européenne pour en atteindre les limites extrêmes. Son œuvre établit le rigoureux constat d'échec d'une civilisation parvenue à sa décadence et annonce déjà par sa hardiesse et sa cruauté, l'autre révolution que sera un demi-siècle le théâtre de l'Absurde et de l'Inconscient celui d'Adamov, Pinter, Ionesco.

Créanciers est une véritable descente aux enfers. Strindberg, au moment où il a écrit la pièce, est obsédé par le double discours, la duplicité des femmes, et les règlements de compte. Sur fond de psychanalyse naissante et d'enquête policière, la mort rôde, symbolique d'abord, puis réelle et implacable. Dans le couple à trois que propose la pièce, Gustave est un tueur qui se venge, Adolphe une victime expiatoire, et Tekla, la femme infidèle, à qui il ne va arriver que ce qu'elle mérite. Le réalisme de la haine est ici à son paroxysme. J'avais monté la pièce à Avignon dans les années 90 et je me souviens encore que la plus grande partie de notre travail avait été de s'approprier la virulence et la froideur de dialogues, dans lesquels les personnages expriment leur cauchemar.

L'atelier de direction d'acteurs que je dirige chaque année depuis plus de dix ans semble maintenant atteindre sa vitesse de croisière. Les dernières sessions sur En Attendant Godot, sur Le Mariage de Figaro, puis l'année dernière sur Cuisine et Dépendance de Bacri/Jaoui ont été particulièrement dynamiques.

De plus en plus de comédiens talentueux acceptent de se faire diriger, et mes interventions, me semble-t-il, font davantage confiance à l'originalité de la vision que chaque stagiaire porte sur l'œuvre.

Pourtant, la direction d'acteur est le contraire d'une science exacte. Il m'aura fallu longtemps pour dissiper l'appréhension que j'avais lors des premiers stages devant une matière aussi impalpable qui renvoie au rapport à l'autre, à l'écoute, à la recherche et à la manipulation : apprendre à faire passer à travers des acteurs, la vision qu'on a d'une œuvre de théâtre. Maintenant, mon intervention tient davantage du commentaire, de la suggestion, plutôt que d'un réel enseignement et une fois énoncés les principes généraux, les stagiaires apprennent vite à les dépasser en tentant d'imposer leur vision de la pièce et en établissant un rapport original et personnel avec les acteurs.

Vous aurez en face de vous des comédiens qu'il faudra nourrir en les convainquant de ce que vous voulez leur faire jouer. Nous réfléchirons ensemble à la notion de dramaturgie, c'est-à-dire à l'émergence de tous les éléments qui constituent une œuvre dramatique, afin de donner du sens aux scènes que vous dirigerez et jouerez tour à tour, aux situations que vous allez faire vivre, aux techniques théâtrales que vous utiliserez, aux codes de jeu mis en scène... et de notre réflexion commune émergeront naturellement vos lectures et vos interprétations : et la pièce de Strindberg devrait être un canevas idéal pour faire exprimer à des acteurs toute la gamme des sentiments extrêmes allant de la haine à l'amour.

Philippe Ferran